Travaux esemiens
Création
Il était une fois.
IL ETAIT UNE FOIS, dans des temps très reculés et des contrées lointaines un Royaume aux écailles bleues: c'était un royaume sans roi et personne ne s'en plaignait, n'ayant jamais connu le roi, ou l'ayant trop bien connu. Dans ce royaume sans roi ne vivait pas de princesse, puisque son père le roi n'y vivait pas: elle était donc très laide et très méchante, bête à ne pas exister et laide de cacher à la face du monde sa méchante face; mais ça ne gênait personne, puisqu'elle n'était pas là.
De cette princesse qui n'existait pas dans un royaume qui n'avait pas de roi, aucun prince n'était courtisant puisque leurs pères les roi n'existaient pas, et là, ni même ailleurs, aucune princesse. Et leurs pères les rois leur interdisaient les amours illusoires. Les princes ne s'en plaignaient pas puisqu'ils n'existaient pas et qu'elle était laide et méchante.
C'est alors que survînt, de nulle part comme vous l'aurait compris, un dragon: mais les gens ne s'en firent pas puisque les dragons, ça n'existe pas. Mais ça le dragon ne le savait pas, et un à un il les grilla et les mangea: depuis il n'y a plus de royaume lointain d'autrefois qui n'existait pas, et depuis ce temps qui n'existe plus, les dragons ont des écailles vertes.
Moralité: les Roi, sans su, sang bleu.
IL ETAIT UNE FOIS un pays qui n'existait pas.
Dans ce pays qui n'existait pas, ne régnait aucun roi: il n'existait pas. Sa fille qui n'existait pas n'était pas courtisée par aucun prince: ils n'existaient pas et de toute façon cette princesse était laide et méchante. Comment ne pas décrire sa pâle figure, figure de mort et de remords.
Une telle description n'existe en nulle part de ce royaume sans consistance, et cela est heureux car c'est pour son malheur que le dieu de qui ne naquit pas ce royaume avait sorti du néant la non-existence de ces gens sans âme. Ce dieu lui-même était cruel et ignorant de son non-être. Il se croyait créateur, père et magistrat, il se voyait déjà punir et rétribuer les bienheureux dont il avait le destin en main. Il se croyait indicible, tandis que personne ne parlait de lui, puisque personne n'existait. Il se disait invincible, mais personne ne l'entendait défier des princes et de dragons qui n'existaient pas, et personne n'entendait le défier d'une voix sourde à laquelle il ne daignait répondre Il se croyait invisible, voilé derrière des mystères que personne n'entendait, puisqu'en personne n'existait de faculté de raison. Il avait oublié, mais quoi?
Comment ne pas se rire de ce monstre qui brûlait en holocauste ses propres enfants avant qu'ils ne lui soient nés, qui pactisait en pleine lumière avec les bourreaux de celui qu'il n'aimait pas d'amour réciproque. Qui abandonnait des fils, qu'il n'avait pas procréés, aux doutes et aux tentations d'une de ses faces les moins obscures et pourtant la plus vile. C'est un de ces rires dont on meurt et qui vous promeut aux flammes de l'enfer, un de ces rires qui closent les âges d'or et poursuivent leur languissants soubresaut dans un âge de fer sans autre réalité que le labeur inculte, un de ces maudits rires qui retombent mollement et sans conséquence devant une assemblée austère et vulgairement violente. Et devant tant de haine face à un bonheur illusoire, comment ne pas décrire la sensation presque jouissive que procure la laideur généralisée, accusatrice de la vilenie qui anime ce corps princier putréfié de moralité sans objet, dans ce monde où n'existe ni les corps, ni les désirs.
Donc c'est la pâleur qui aux premiers instants saisissait les inconnus qui ne rendaient jamais visite à cette princesse sans couronne et sans avenir. Une pâleur qu'elle avait volé une nuit sans lune, à l'astre qui se cachait de ne pas se savoir ainsi désiré. La princesse n'avait aucun désir, mais tous se réalisaient immanquablement, ce qui n'inquiétait personne. Ignorants. Mais la lune, elle, savait ce que les autres ignoraient, elle avait une connaissance précoce de la réalité de son peuple. Car le dieu cynique qui se disait son père, la lune le craignait à mesure qu'elle s'en riait, il lui avait dédié ce peuple sans existence, et il lui avait refusé la vie en lumière sous le prétexte qu'elle régnait sur un monde mort et sans âme. Elle faisait pâle figure, et pourtant de voir cette princesse sans expression et sans face lui donnait la lueur éclatante de mille soleils ardants. Face à cette insipide, la lune brillait d'une éblouissante joie, ses contours roux rendaient furieux les volcans les plus prolixes qui s'épuisaient à détruire des villes d'autant plus antiques qu'elles n'existaient pas depuis la nuit sans lune des temps..
Ses franges diaphanes les moins vives étaient des torrents d'énergie, on eu dit que les deltas des plus grands fleuves convergeaient pour inonder de larmes les yeux des dieux, les yeux de ces cyclopes mille fois dieux et cent fois tristes, les yeux de ces démons qui n'ont comme seule lucarne sur le néant de leur maître que la rondeur provocante d'une lune inondée de chemins de promenades inédites, chemins pris par les fleuves qui noyaient naguères les hommes sous un déluge encore en attente. Telle était l'énergie de cette princesse morte sans être née. Elle était à la flamme des bougies comme la lune aux soleils divins, c'est entendu pour qui n'a pas d'oreille.
Elle était aussi sculptée comme une bougie, faite de cire sans conteste, sans être le résultat d'un concours, sinon de circonstances.
Telle était donc sa face, de cire. Ni de bois, ni d'une quelconque fourrure animale, mais bien de cire. De cette cire qui après de rudes orages, lourds et tumultueux, avait pris le feu des dieus pour se forger un caractère de fer, malléable et soumis aux impressions extérieures. Face à face, sœur après sœur, de fils en fils, ces impression d'un monde lunatique et sélénien ont creusé au burin le destin moqueur que dirige un dieu mesquin. Ces creux, ces crevasses et rigoles, ces cavernes et ces plaines fleurissantes dessinent ce visage livide et morbide mieux que le sceau n'imprime sa marque dans la cire qui légifère. Loi rouge, sang, foi, nie.
L'oie la plus rusé avait déjà senti la mort dans le creux du gîte sur la table duquel se consumait une bougie sans prétention. Et la beauté incertaine de l'insolite source de lumière ne présageait pas encore de sa mort, et c'est pourtant une crainte qui naissait chez la volaille. Crainte confirmée par la suite dans les actes, sans relation avec la bougie, certes, mais personne ne le savait, et en ce cas la parole d'une morte ne saurait être remise en cause. Face donc à la morsure du temps-sans-début-ni-fin qui était l'âge de cette princesse, les mouvements anarchiques dont naissent les coulées de bougie avaient la grâce d'une valse viennoise, grâce fâcheuse dirait l'oie fumant sur votre table.
Ces mouvements sans maître autre qu'un dieu vieillis par la jalousie, consommé par la passion pour ces êtres imaginaires qu'il nomme hommes et qu'il confia en sa folie à sa plus sage fille, ces mouvements graves et lourds de sens, ces mouvements qui traînent le long de la bougie les atomes rescapés de son être consumés par son propre feu, ces mouvements ont la légèreté de l'oiseau jeune en âge et innocent en rimes. Ils ont la bonté d'âme des roses impeccablement rassemblées pour célébrer la gloire d'un créateur dont ont ne vénère aujourd'hui plus que le meurtrier. Ils forment presque, en comparaison, de douces volutes aériennes, dans un ciel propice aux rêveries innocentes de créature sans intentions malsaines, créatures qui n'existent pas.
Ne faut-il pas encore détailler sa face pour enfoncer encore plus dans le sordide cette évocation de l'horrible vertu des dieux sans foi, vertu vérolée sans équivoque, vertu prenant la face hideuse d'une princesse qui n'existe en nulle part de son royaume sans réalité, pour le bonheur vierge d'un peuple sans être? Quel bonheur en effet que la comparaison de ce nez qu'on aimerait crochu pour en faire celui d'une sorcière mais que l'on doit à regret reconnaître comme parfaitement dessiné, dans sa forme. Car c'est bien l'essence même de ce nez qui ici est une offense qui valorise à l'excès le plus infecte artefact de l'ivre nature en ses heures les moins lucides. Si sa forme est, répétons cette notable exception, proche de ce que nos philosophes appellent la perfection, son fond est plus obscure que la torture la plus lâchement inspirée. Ce fond est pour notre dieu déjà décrié un délice, ayant les traits hypocrites de la vertu et les effets voilés des vices.
Alors non, il ne faut plus détailler, il ne faut pas le faire sous peine de la trouver belle, et de l'aimer. De lui conférer ainsi une existence que sa laideur ne mérite pas. La beauté des détails cache la laideur de cet ensemble qui n'existe pas, l'ensemble n'existe pas et cela le rend laid. Comment ne pas être beau quand on existe, comment exister autrement que dans la beauté, qu'est-ce que la beauté sinon le désir de donner l'existence par la satisfaction du regard. Comment alors pourrait-elle être laide. Et pourtant elle n'existe pas. Etre laide, c'est encore trop être pour ne pas être belle. Elle laide. Oui. Simplement. Elle
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