quelque chose se dit...
the owl and the coyote, the trickster and the sage
ART et AMOUR
Amour, gloire et Beauté.
A quand la fin de cette amour à l'eau de rose épaisse à en être poisseuse, sirupeuse comme les bons sentiments sont visqueux. A quand la fin de ces rimailleurs à la libido échaudée, de ces tourmentés de l'ego à la petite semaine, de ces écœurants amants à 6 sous le livre qui sont prêt à mourir pour les yeux de leur belle, sans quitter leurs charentaises. Fi de cette niaiserie émotive pseudo-romantique qui compare la femme à une rose pour la mieux cueillir et la jeter une fois fanée.
La poésie est autrement riche et l'amour autrement puissant pour ne pas les tout deux réduire au cloaque du plus pauvre des subjectivismes schizophrénique: l'autre est la moitié aimée qui nous complète et nous ampute.
Faut-il pour autant bannir l'amour de la poésie, et la poésie de l'amour? Non, bien sur. L'amour reste avec la nature le sujet le plus riche, le plus intense, le plus profond et le plus subtil que puisse décrire et créer le poète; et la poésie reste sans doute le contenu existentiel le plus significatif, le plus universel et le plus indispensable que l'amour puisse déployer dans une existence heureuse.
C'est que l'amour tel qu'il est décri(é)t et la poésie telle qu'elle s'écrit ne sont le plus souvent que des succédanés d'art. Le corps de la femme est-il si laid qu'il faille commencer par recourir aux végétaux pour le dessiner à l'esprit; et les paysages sont-ils si peu dense qu'ils doivent subir la métaphore géomorphologique de la femme?
Une douce ligne de rein peu certainement rappeler "me country and her valleys i loved so well", et une montagne évoquer un aigle ou le saut de l'ange d'un vieille éphèbe. Mais ces images n'ont de sens qu'une fois tous les contenus esthétiques du corps et du paysage ont été explorés pour eux-même: ce ne sont que références culturelles sans cela, si la rose évoque la femme pour celui qui connaît Ronsard; la femme évoque la femme pour le plus inculte des Moujik. Oui à l'auto référence (à l'objet ou aux métaphores déployées dans sa propre oeuvre), non au "private joke" -- clin d'œil complice entre générations, histoire de souligner qu'on se connaît et qu'on est une élite. Ou du moins (tempérons), non à la systématisation de ce procédé: le créateur reste libre, à lui de s'assurer qu'il ne s'enferme pas dans quelque inconscient collectif forgé de toutes pièces par sa paresse créative.
Enfin, si je ne juge pas les poètes(ses) passés, je suis aussi incapable de me substituer aux poètes(ses) présent(e)s étant à la poésie ce que Maya l'Abeille est à l'empire Aztèque. Je me contente d'avertir le créateur d'art (poète-peintre, poète-musicien, poète-sculpteur de minéraux ou de mots, poète-spéctateur), prenez cela plus comme une requête que pour une enquête.
La Demoiselle à la Jonquille
Art intellectuel
Philosophie de l'art. Comme ce terme peut choquer: s'agit-il d'une psychanalyse de l'artiste, d'une description cultivée de l'œuvre comme création contemporaine (de quoi?), ou d'une recherche des raisons objectives et subjectives qui font qu'une oeuvre d'art est une oeuvre est de l'art? Est-ce une histoire de l'art qui cherche à classer les courants, former des catégories esthétiques, dégager des oeuvres réelles les grandes lignes de force convergeant vers des oeuvres futures ou possibles ou inutiles? en dégager les conditions de possibilité de la sensibilité esthétique? Comment concilier la réflexion avec la spontanéité directement surgie des névroses inconscientes de l'artiste? Après s'être incarné dans l'Histoire, l'Etre pourrait-il se réaliser dans l'art? Plus modestement (une fois de plus) nous nous limiterons à cette question: "le beau peut-il surgir de la réflexion?" Ou: "un concept peut-il être beau?" Ou encore "que comprend-on quand on comprend qu'un Picasso est beau?"
Comme le commun des communs, devant un Picasso "cubiste" je me disais "ça doit bien être beau, puisque c'est de l'art, mais ça ne me touche pas." Or qu'est-ce qu'une beauté à laquelle on n'est pas sensible? Et puis voilà qu'en 5 min., après qu'on m'a dit quel était le "concept" du cubisme, je vois ce qu'y n'était qu'obscurité: l'espace repensé, une vue qui devient panoramique par simple fractionnement du plan intégrant différent points de vue (comme en dessin technique). Et fractionner ne veut pas dire découper: on voit bel et bien une face entière et un profil entier, on complète ce qui n'est pas dessiné, on ressent le non-dit: on est sensible à l'invisible. Et depuis, quel saisissement devant un Picasso. Avec parfois un rajout d'émotion face à la réalité historique et contingente que tente de rendre Picasso (la Guerre d'Espagne): mais ces ramages historiques ne sont pas essentiels à l'émotion esthétique, une fois que l'on voit avec les yeux de l'artiste.
C'est notre esprit qui, en comprenant un concept, a éduqué nos yeux, et cela peut être long: une fraction de seconde pour un nu grec, 5min. pour un Picasso, et des années pour un Karabinski qui ne met en scène ni personnage, ni paysage, mais des formes, des couleurs, des lumières, des lignes de force, hors de tout motif figuratif. Acquérir ensuite par l'histoire et la culture l'"esprit de l'artiste" n'apporte rien à l'émotion esthétique ressentie par des yeux éduqués, en revanche elle enrichit la jouissance que nous procure cette oeuvre, puisqu'elle ajoute du sens - donc de la profondeur, de la substance, de la densité existentielle. L'art en devenant plus intellectuel nous révèle ce que tout art est: une émotion esthétique qui naît d'une éducation du regard, une jouissance existentielle liée à la densité du réseau sensuel qui émerge de l'intégration de cette émotion à l'être total du sujet (é)mû.
Quel enseignement tirer de cette conclusion?
On a cru que le beau résidait dans le seul "sensible", et de là est naît cette méprise entre beauté de l'œuvre d'art et beauté du sujet réalistement dépeint: Les corps humains esthétisés et la "beauté des corps" sont survalorisés dans leur seul attributs artistiques: symétrie, lissé, canons de beauté en somme. Le "sexy" (beauté plastique) est alors, par facilité et paresse, ce à quoi on ramène le "sensuel" (beauté d'un corps aimant-aimé). Le corps est devenu objet: le sexe a suivit, nous sommes entré dans l'ère de la pornographie.
En fait, le beau réside dans le sujet: le regard et l'intelligence du sujet, sa sensibilité et sa culture, son corps-esprit. Le regard du sujet est ordinairement (mal) éduqué par une sous-culture reproduisant pauvrement les préjugés et les opinions de son temps: paradigmes, canons, stéréotypes, de la pensée, de la beauté, de l'action. Seule une subversion du regard, un refus de oeillères socio-culturelles, a permis les révolutions esthétiques (comme le surréalisme ou le cubisme ou l'impressionnisme ou la sculptuaire égyptienne). C'est à l'artiste-spectateur de réformer son oeil et son esprit: Libre à lui d'apprécier l'art et l'artiste: il n'y a pas à culpabiliser de ne pas être ému par une tomate posée sur une carrosserie au milieu d'une exposition d'art; ce n'est de l'art que pour celui qui en est ému, et s'en réjouit. Et combien de petits péteux incultes vont faire prospérer par snobisme un marché pseudo-artistique (est art ce qui est exposé, il faut donc en tant qu'amateur être in et [dire qu'on aime] aimer ça, donc ça se vend cher, donc c'est de l'art, donc ça s'expose) et ainsi soit étouffer les "vrais" artistes, soit les prendre en filon et les vider de leur substance.
Une question naît alors: qui dans un musée doit choisir ce qui est art, objectivement? Cette question n'est pas la mienne, moi qui ne suis pas artiste et qui suis un péteux inculte, mais je sais qu'il faut éviter l'art d'Etat ou officiel, l'art traditionnel ou folklorique, l'art n'importe-quoi, de manquer l'artiste du siècle, ... Il faut sans doute un marché publique (conservatif et progressiste) et un marché privé (créatif et conservateur), mais avant tout une culture et une éducation à l'art qui soit autre chose que trois notes de flûtiau et deux coups de pinceau.
Le Damoiseau à la Rose.