TRAVAUX esemiens
Mon AME
Mon âme ne savait plus où aller, elle ne pleurait plus depuis trop longtemps, je m'ennuyais.
Le matin je me réveillais en compagnie de mes camarades, au son des fifres et tambourins, tous les matins on enterrait l'un de nous. Le moral était au plus haut chaque soir, chaque nuit l'un de nous mourait, chaque matin le tambour roulait. La mort.
Le commandement refusait de voir la réalité de notre situation, le commandement n'avait jamais été respecté de ses troupes, mais depuis l'attaque du Kahl il était mort, et refusait de voir la réalité de la situation en face.
La situation était à vrai dire jouée d'avance, depuis longtemps. Le commandement était entouré de courtisans, là où nos adversaires (qui pour le coup n'étaient pas mes ennemis) étaient des partisans.
J'avais formé ces hommes durant quelques mois, avant que mes chefs ne m'envoient moisir dans un centre de formation plus conventionnel, pour me rappeler à des méthodes plus conventionnelles. J'ai bien peur aujourd'hui d'avoir eu raison depuis le commencement, mais en France il faudra toujours une défaite pour tirer les enseignements du passé.
Ma théorie était toute simple. Je prenait au sérieux les militaires.
J'était parti du principe que l'organisation des gens armés au sein d'une nation répondait au même besoin rationnel que celui qui fît créer une assemblée nationale. Cette organisation découlait à la fois d'une institutionnalisation rationnelle de la violence, et de la nature trinitaire du pouvoir.
Le pouvoir est en premier lieu une rationalisation de la violence. La guerre de tous contre tous n'étant à terme pas viable, il ne peut survivre de société que civilisé. Civile? Non, car la menace reste réelle depuis l'extérieur, une armée est donc utile. La justice, les finances publiques, les transports et l'énergie, la sécurité et la salubrité publique, la diplomatie, l'éducation, le culte publique, etc, autant d'institutions civiles et civilisatrices.
Déjà donc la gendarmerie devrait être une institution civile, dans ses missions de police comme de prévôté, sous le contrôle du peuple en représentation nationale assemblé. Une nation ne saurait être en guerre contre elle-même. Soit dit une fois pour toute en passant.
Au cour de son émergence, l'institution est formée rationnellement: hiérarchie, structures, responsabilités, textes fondateurs, modalité de fonctionnement, modalité de réforme et de dissolution, cas exceptionnels et circonstances imprévisibles, etc. C'est la première face du pouvoir, car le pouvoir avant que n'émerge le texte n'a pas de face, il voile une face invisible, il est aveugle et ce justifie donc magiquement par l'invisible et l'indicible. Avant de montrer cette première face loyale (car invariablement reconnaissable, et donc source de droit et de responsabilité) le pouvoir existe, magique et arbitraire.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, déjà dans les formes les plus primitives de l'institutionnalisation (les plus magiques et les plus arbitraires), celles reposant en droit sur les dieux et en fait sur la force (destructrice certes, mais surtout constructrice), cette première face est déjà présente, car il y a toujours une forme plus primitive, même animale, d'institution (qui commence avec les relations écologiques des colonies bactériennes). C'est que chaque avancé institutionnelle est vécue comme naissance d'une nouvelle humanité, de nos jours celle des droits de l'humanité citoyenne.
Donc dans un premier temps l'institution naît de la raison. Ce seul fondement, s'il est reconnu démocratiquement, est une justification suffisante: u peuple qui pense légitime d'appliquer la peine de mort en a le droit, en droit.
Il n'y donc pas de légitimité dans l'ingérence dans les affaires légales d'un régime, même si le peuple accepte la dictature opprimante d'un sanguinaire despote. Rien n'interdit cependant à un autre peuple de faire la guerre à ce peuple d'esclaves, non pour le libérer mais pour en changer le régime qui nous menace: leur donner ensuite l'auto-détermination est une suite logique de l'idéologie qui a poussé à l'action, à eux de se libérer.
Si on refuse un régime extérieur, on se doit donc de rejoindre une brigade internationale pour soutenir la résistance locale, mais il restera illégitime de condamner des bourreaux dont le pays ne prévoyait pas que leurs tortures furent illégales et dont le pays n'avait pas signé d'accords internationaux sur les droits de l'homme. Soit dit en passant.
Dans un second temps que l'on ne distingue que pour la clarté de l'exposé (nous verrons pourquoi plus loin) l'institution cherche à se distinguer. Elle se donne des signes extérieurs de reconnaissance (uniforme, costume, décorations, ...) et des signes intérieurs de hiérarchisation.
Il faut en effet, pour son action loyale envers le citoyen qui ne désire pas s'acquitter de ses impôts au premier venu, que l'institution soit localisé dans des locaux immuables, soit liée à des rituels immuables (date d'acquittement, titre liée aux fonctions (Monsieur le Maire, Madame la Juge, ...) et que les fonctionnaires de l'institution (qu'elle soit d'ailleurs d'Etat ou non, pensons aux religieux, aux associations caritatives ou politiques, ...) se distinguent du commun.
L'institution affiche son existence de manière symbolique, épargnant ainsi l'usage de la force. On ne collecte en général plus les impôts les armes à la main, peut de gens contestent l'autorité du contrôleur du train à collecter une majoration sur le prix du billet à condition qu'il délivre une preuve de son acte. On notera en passant que cette confiance en l'institution génère facilement la possibilité d'abuser de cette confiance, en revêtant les atours de l'autorité institutionnelles (comme ces faux policiers qui dressent des procès-verbaux et encaissent des amendes). Le pouvoir de l'institution, c'est-à-dire la liberté d'action spécifique que reconnaît chaque citoyen à d'autres citoyens investis de pouvoirs spécifiques, repose donc sur les symboles qu'elle arbore.
Que ces symboles perdent de leur respectabilité, et l'institution n'est plus respectée. Prenons deux exemples. Il fut u temps où l'association caritative de lutte contre le cancer "L'ARC" pouvait récolter un grand nombre de fond en affichant simplement son logotype reconnu de tous grace à la publicité. Il a suffit d'un scandale financier pour que les revenus de cette association se réduise aux seuls contributeurs conscients, au delà des symboles, de l'utilité de l'action de l'"ARC" et de l'honnêteté des nouveaux dirigeants. Et la nouvelle équipe a dû reconstruire une légitimité nouvelle sur de nouveaux symboles (nouveau logotype) et une nouvelle communication. D'autres institution on même dû changer de nom (parti communiste italien). Un deuxième exemple est le discrédit porté a des symboles comme la svastika (symbole solaire antique repris sous la forme de la croix gammée nazi), la dignité de Maréchal en France, le nom d'un groupe de résistants de la par la deuxième guerre mondiale (39-45) repris par un parti politique néo-nazi français (le Front national, nom autour duquel l'été 1999 a connu une bataille juridique entre le F.N. et le journal satirique Le Canard enchaîné.)
Et Pascal l'avais bien vu, lui qui se réjouissait de cet effet, que c'est le symbole qui est respecté, et non l'institution dans ce qu'elle a de rationnel. Aujourd'hui, il faut le reconnaître, les citoyens sont-ils assez cultivés pour être moins attaches aux symboles? les perruques des juges n'appartiennent désormais plus qu'au folklore britannique, mais la robe et les effets de manche restent ancrés dans l'imaginaire collectif, ce n'est donc là qu'un effet de mode. Les forces "de l'ordre" portent toujours des insignes et des uniformes, ...
Mais les citoyens ont conscience que le droit est la règle commune, et qu'aucun symbole ne doit protéger les transgresseurs, même les plus haut placés. Aujourd'hui, en l'an 2000, tous les média suggèrent que s'il est légitime qu'un Président de la république n'ait pas à rendre compte devant la justice d'infractions passées au droit commun, l'homme s'il perd ses fonctions en 2002 sera passible de poursuites. Et le phénomène n'est pas isolé puisque l'Allemagne s'attaque à celui que les étrangers continuent à défendre comme symbole de la construction européenne et de la reconstruction allemande, et qu'Israël met en examen un Président en exercice, un an après que pour la deuxième fois dans l'histoire des U.S.A. un Président ai frôlé la destitution. Car une institution démocratique se doit de rester sous le contrôle du citoyen, au delà du symbole. C'est le rôle de l'éducation de l'inculquer au citoyen, et celui de la justice de le faire appliquer quelque soit le niveau de conscience du citoyen.
Notons, comme en passant, que les changements de mentalité passent par des pratiques institutionnelles différentes. Pensons à la laïcité qui est passée par un combat dans les institutions. Une fois acquis le principe dans les institutions, sur inspiration populaire, il a pu se répandre. On ne cachera pas qu'inspiration populaire ne veut pas dire populiste, sans quoi la peine de mort serait encore à française. C'est le travail de philosophes de proposer aux peuples des changements qui lui sont adaptés.
Car toute institution, si elle a des fondements rationnels, est construite sur un terrain meuble qu'il appartient à l'éducation de renforcer, ce qui fait de l'éducation le premier chantier d'une nation, et de la philosophie sont plus précieux outil. Dans les premières phases, cette éducation sera aussi tyrannique et irrationnelle que les désirs contradictoires et violents qu'elle doit former, puis elle s'adoucira jusqu'à devenir idéalement une autonomie, chacun se donnant sa loi et son éducation. C'est la culture à laquelle aspire mon âme qui se morfond dans une caserne qui en reste aux archaïsmes du conflit passionnel. C'est une évolution qui st complexe, elle vaut pour l'histoire de l'humanité, des nations, des individus. Chacune de ces histoire devant tenir compte des autres.
Faisons là une digression, comme en passant. Il existe une histoire de la conscience, et la philosophie existentielle qui sous-tend notre propos n'aurait pas vu le jour il y a 5000 ans. A cette époque seule la religion pouvait éduquer et former au respect d'une norme sociale. Pourtant aujourd'hui la religion n'a plus aucune légitimité intellectuelle. De même la morale hérité de la religion est utile dans les premiers temps de l'éducation d'un enfant, mais ne saurait survivre à l'adolescence. On peut même se félicite d'avoir une idéologie que l'on conteste et dont on sait que notre société à son niveau de développement l'imposera à nos enfants, qui auront alors matière à se révolter, sans préjudice pour notre propre doctrine qui ne saurait être imposée, mais librement choisie.
Une philosophie sérieuse ne pourra donc pas ne pas tenir compte de ce qui l'a rendue possible (sans pour autant la "générer"): comment soutenir l'indépendance absolue de la conscience et du corps biologique dont elle est la conscience, alors qu'au Moyen-Age cette affirmation a été une source de l'obscurantisme. Ne craignant plus la polémique, c'est-à-dire la guerre de tous les philosophes contres tous, pour la seule domination d'un palmarès (dirait Vaneigem), nous ne risquons pas d'être catalogué par les ennemis comme leurs ennemis. La conscience a bien sûr des fondements biologiques, et que la conscience soit une émergence de la vie biologique (c'est bien sûr un pléonasme), que la vie de l'esprit participe à la vie du désir qui n'est possible qu'avec la vie physique (vie de la nature, le tout du vivant, l'organisation écologique de la planète terre qui n'est possible que dans un cosmos qui est le nôtre, physiquement tel qu'il est), cela est une évidence.
Qu'ensuite la conscience commence à elle-même, sans autre principe qu'elle-même, sans autre vérité, c'est une autre évidence, c'est la phénoménologie et elle ne dit rien d'autre que la vérité, la conscience. Mon âme, et non une fantaisie mythologique. Qu'ensuite seule une phénoménologie puisse décrire validement la conscience livrée aux institutions, c'est une évidence. C'est la sa tâche philosophique, son chantier quotidien: décrire plus efficacement que la psychologie ou que la psychanalyse l'affectivité humaine (la seule qu'elle puisse connaître), cette affectivité, ces désirs sur laquelle se construit la société et qui vont rétroagir sur des institutions qu'elle crée pour rétro-agir sur ces désir (les maîtriser, les convertir, les sociabiliser). Et le tout dans une contexte déjà social, car il n'est pas de conscience de soi isolée de la conscience des autres. Notre conscience ne s'individualise que parce qu'elle est conscience de soi-parmi, notre conscience, c'est les autres...
Conséquences ? Les institutions sont faites pour changer les désirs (les rationaliser -pas les réprimer- on pourrait dire "gérer"), ce sont ces désirs mêmes qui génèrent ces institutions (même dans la passivité des opprimés ou la collaboration des vaincus), et ce sont ces désirs qui dé-génèrent les institution. Les institutions présentent une face affectivement efficace, une face lisible par le désir avant comme après toute éducation, elles parlent le langage du désir. Et cette face irrationnelle, rationnellement choisit par le désir institutionnalisant comme étant ce qu'aucun désir ne remettra en cause, ce qu'il n'y a pas lieu de justifier ("on paye des impôt parce que c'est comme ça", le drapeau français est tricolore parce qu'il a été choisi tel par les révolutionnaires et ça ne peut pas changer à moins de changer de régime), c'est la face que prend aussi la violence lorsqu'elle veut se légitimer. Il suffit à un régime illégitime dans le fond de prendre les apparences, la forme symbolique de la légitimité pour qu'un peuple entier collabore à saper les fondements de sa démocratie, tout exemple est ici superflu. Notons cependant la possibilité constante de revenir au premier mouvement du désir: des français ont résisté, ont pris le risque d'être pour les autres des déserteurs ou des traîtres, au nom d'une vérité des institution qui ne sera reconnu qu'après la victoire de la résistance.
Que la résistance échoue et une société nouvelle naît, sur d'autres valeurs, et parfois les même symboles, pas forcément meilleur, pas forcément pire. Car il y a des résistances réactionnaires (le conservatisme) et des résistances révolutionnaires (le progressisme).
C'est la troisième face des institutions, après les fondements rationnels et les symboles efficaces. Il appartient donc, on l'aura deviné, aux désirs de corriger les défaillances des institutions, c'est le vrai visage de la démocratie. Et c'est cette phase qui est la plus délicate, ce qui a nourri tant de critiques, parfois valables. On balance entre populisme et anarchie, entre celui qui donne raison à une masse qu'il sait inculte, et celui qui donne le pouvoir à une masse qu'il croit responsable.
Quelles ont les traces visibles de cette troisième phase, de ce troisième feuillet de signification de l'institution? C'est la tradition. Elle se base sur l'institution, s'en réclame; elle utilise les symboles puissants qui lui assure l'assentiment du plus grand nombre; mais en fait elle ne fait que reproduire aveuglément une pratique. Et cette pratique est le plus souvent, c'est paradoxal, ce que l'institution venait raisonner. Prenons un exemple simple, militaire.
Face à la violence, l'armée est l'institution qui se voit "confiée" la violence. Elle est la force publique (lorsque, théoriquement, elle se dirige vers l'extérieur). Pour un bon fonctionnement d'une armée qui n'arrive à se concevoir que hiérarchisée (sur le modèle social général qu'elle contribue de plus à maintenir), il faut des supérieurs qui ordonnent et des subalternes qui obéissent. je ne dit pas que c'est une structure nécessaire et universelle, mais que c'est un fait dans cette institution telle que nous la connaissons.
Donc un désir (gérer la violence) se concrétise en institution, qui va symboliser la relation supérieur/subalterne. Et cette relation est fonctionnelle, puisqu'il ne s'agis pas d'"inférieurs". D'ailleurs le règlement militaire est clair: "la fonction prime sur le grade," et "le grade consacre l'aptitude à remplir une fonction." d'où la nécessité suivante, pour être efficace: "le chef se doit de toujours avoir raison," c'est une exigence de la raison (le règlement, premier niveau), qui a une représentation concrètement symbolique (le grade, deuxième niveau), et qui est une pratique (troisième niveau). Or que croient les chefs militaires, en pratique? Il croient tous, même s'ils le disent sur le ton de la plaisanterie, en s'amusant d'être hors-texte, un peu comme des bizutheurs, ils croient tous et leurs subordonnés avec que "le chef a toujours raison". Et aucun, à quelque niveau que ce soit, n'est capable de justifier cet adage militaire, personne n'est capable de le mettre en relation à la fois avec les textes qui disent que le chef a toujours raison, parce qu'un chef se doit de toujours avoir raison, et que donc un chef qui aurait tors n'est plus un chef. C'est un principe anarchiste!
Sans s'en rendre compte, ces "chefs" se réfèrent à un principe qu'ils jugent anarchiste s'il leur est expliqué. Or c'est bel et bien l'esprit des textes, et de la réelle pratique militaire, celle de la bataille, où le plus apte au commandement prend la tête de la troupe en cas de mort du chef (ou de pétage de plomb: on appelle alors parfois mutinerie cette relève du commandement).
Donc, dans cette troisième phase, peut s'exprimer soit la pratique basée sur l'avant-institution (la loi du plus fort, la non-réflexion, le fait fait droit, l'institution n'est qu'un prétexte), soit une authentique compréhension de l'institution basée sur l'institution elle-même (la démocratie en somme). Il ne suffit donc pas d'avoir des institutions démocratique, il faut aussi qu'elle fonctionnent démocratiquement.
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