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TRAVAUX esemiens
L'ETRANGERES
Traduit de l'anglais par Moash.

Elle ma sœur n'est plus (percée).
Il mon frère n'est plus (tue).
Je ne suis plus.
Eux sont en pérennité.
Nous, trois.
Elles, toutes.

A nous trois nous avions refait le monde, pour de vrai.
Elle-pour-elles, l'Africaine.
Lui-pour-elles, le Tibétain.
Moi-pour-elles, le lui.
Nous, pour-nous.

 

La rencontre

Nous nous sommes rencontrées très jeunes, en l'an 1, le 1er --. An 1.

Elles, mes parentes, sont arrivées une semaine avant l'an 1. Elles avaient le sentiment de me devoir des explications, elles m'en donnèrent. Longuement avant notre départ, et encore à notre arrivée, elle devaient me réexpliquer en quoi elles étaient supérieures à elles, d'ici. Elles étaient les colons, elles les colonisées. Elles insistèrent: je ne devrai pas jouer, parler, aimer, rêver, penser, être avec elles. Je devrai rester parmi les miennes, conserver leurs valeurs et leurs traditions, supérieures. Moi, étranger parmi les étrangères.

Cette première semaine avait été très gratifiante. Les tests scolaires me confirmaient comme probable futur major de promotion; mes camarades, elles me respectaient comme porteur des dernières tendances de leur société à laquelle elles s'identifiaient d'autant mieux qu'elles en étaient éloignées; comme alternative aux actuels chefs de clan; comme modèle parmi elles.

Toutes leurs amies admiraient leurs habits, leurs manières, mes performances, leurs projets pour mon avenir à elles.

Les premiers jours étaient agités, il fallait connaître chacune d'elles, se faire connaître d'elles et se faire accepter, imiter, inviter là où il le fallait. Je me sentais important, fier de ma race et de mon histoire, de ma société et de mes traditions, de ma famille et de mes attitudes. Fier d'être elles, leur essence, et l'être de leur avenir. En trois jours le tour était fait. Depuis elles ne m'ont plus rien appris. Je n'ai plus rien appris d'elles, je n'ai plus était fière d'elles. A peine dédaignais-je avoir honte.

Un jour de repos - Un - Un seul jour de répit. Je n'en aurais plus, parmi elles. Les trois jours qui suivirent sont les années d'ennui, d'humiliation, de mesquinerie et de violence auxquelles j'ai échappé en fondant une nouvelle ère, en me fendant d'un nouvel air: l'an 1.

Le 5ème jour, donc, je m'auto-proclamais chef de bande et apprenais, comme je l'enseignais, ma première leçon de psychologie de masse: la haine est d'autant plus forte qu'elle est injuste et nombreuse. D'autant plus haineuse qu'elle est nombreuse et injustifiable, elle devient sa propre justification, l'auto-défense contre toute forme d'intelligence, contre tout différentiel, tout potentiel de progrès.

Comme j'était fière qu'à un seul de mes ordres, leur cercle fonde sur son frère, le batte d'insultes et de coups. Comme j'était douleur que ni mes mots ni mes coups ne les arrêtèrent lorsque le sang commençait a couler, quand je devînt moi-même le nègre en but aux brimades.

Le 6ème jour donc, la nouvelle s'était répandue et mes parentes me punissaient. Lors du sermon, leur grand sorcier exigeait de moi un repentir public, exprimant mon sincère désir de rejoindre la communauté des leurs, des leurres. Mon désir s'exprima sincèrement, et le bras long de papa m'épargna le bûcher en même temps que sa large main imprimait dans ma chair le prix de cette échappée.

Le 7ème jour, mes parentes, elles, décidaient que je serait éduquée à la maison. Le climat ne m'avais pas réussi, j'avais été traumatisée de voir tant de nègres, moi qui n'avait côtoyé que des Femmes, l'Humanité, avant.

 

Le cri

Les autres, elles, récupérèrent leur fils chez le shérif, après avoir présenté toutes leurs excuses pour le trouble causé, et payé l'amende.

Elle, qui avait fait quelques études, le soignait aussi bien qu'elle le pouvait: avec deux fois rien.

Elle parlait leur langue, et l'autre langue. Elle écrivait et portait de l'eau. Elle était instruite et excisée. Elle était promise à un mariage dont elle ne savait que trop bien le sens. Mariée à un homme trop vieux pour en faire une femme et pas assez pour en faire une veuve. Elle n'était pas heureuse, et n'avait de perspective de s'épanouir.

Elle était interface, entre elles. Méprisée mais jamais admirée, tenue à l'écart mais jamais reconnue, enviée mais jamais aimée. Elle, en souffrait: consciente de son peuple d'ici, elle se riait secrètement des traditions, des bigoteries, des superstitions, des effigies, des fétiches, des névroses, des images d'eux-là; consciente de cette culture là, elle s'excluait d'ici de refuser leurs pesanteurs, leurs inquisitions, leur lourdeur communautaires, leur non-histoire, leur identité usurpée, d'eux-ici.

Elle la bâtarde, la métisse, qui pollue là et fragilise ici. Elle pour qui il n'est ni d'ici, ni de : seulement un ailleurs, an 1.

C'en était trop. Elle refusait la magie et les plantes pour le soigner: trop grave, trop toxique, dangereux. Elle demandait le docteur: ici on ne voulait pas, là on refusait.

Trop de pour laisser les esprits le prendre, trop d'ici pour attendrir le dispensaire. Contre qui, vers qui se tourner ? Cri.

 

Les étrangères

Elles ritualisaient autour du corps. Nous, depuis la colline, pouvions les voir: elle ne désirait pas être parmi elles, elle n'y été pas désirée non plus; je la lui présentait. Lui ne disait rien. Je la consolait en lui parlant d'un certain paradis, elle se réconfortait en évoquant son ajout, aux ancêtres (bien loin et silencieux). Lui ne disait rien.

Bridées, sauvage certes, mais civilisées. Elles-autres pour elles. Leurs silences étaient profonds et respectés, quand bien même profanes. Leurs murmurent étaient magiques et sacrés, d'une autre dimension. Elles étaient des déesses vivantes, elles inspiraient un elles-ne-savaient-quoi, une inquiétante étrangeté. Ni maîtresse, ni esclaves: elles n'étaient rien, et c'est ce à quoi elles inspiraient.

Elles, tension lâche, n'imposaient rien, mais avec fermeté. Elles ne valorisaient pas la vie, elle n'avaient pas peur de mourir, mais craignaient de vivre encore. Elles ne craignaient pas l'oublie: elles n'avaient que trop de mémoire, de trop de vies. Elle n'excitaient pas le désordre, n'imposaient pas l'ordre, elles se soustrayaient à l'être.

Elles étaient humaines. Son enfance était riante et insouciante. Son éducation était stricte sans avoir à être sévère, harmonieuse: il épanouissait son être comme éclate le nénuphar, dans toutes les directions, lentement et sans disgrâce. Mais il n'était pas question de s'en réjouir. Il fallait être épanouie, sans obscurité, ni viscosité, pour prendre conscience de l'étendue réelle du travail, labeur languissante, de nirvanisation. Chaque désire épanouie, est saisit dans sa pleine vanité - pas seulement par une pétition de principe masochiste ou pour une obscurité mystique sur-humaine.

Chaque désir, auto-motivé et auto-mu, n'a de but que lui-même, que soit-même, que elle-même, et n'est qu'une dispersion d'énergie pour la conservation nécessaire du même en mouvement.

Lui, qui s'était plus souciait de son enfance que de ses morts successives, désirait jouir de son épanouissement, contempler avec satisfaction son être-nénuphar dans sa splendeur, s'épanouir encore d'en jouir, l'éclore sans fin, en pérennité, sans faner. Tous ces désirs étaient désirs de jouissance. Aucun, certes, n'était parfaite jouissance, mais sa vie était suffisamment parfaite à ses yeux, suffisamment heureuse à son cœur, suffisamment sensuelle à son corps. Sa perfection était d'être.

Elles cherchaient la perfection: le néant est plus parfait que l'être en mouvement. Silence, il ne disait rien. Il était perdu pour ce cycle, pour elles. Il était un étranger parmi d'étranges étrangères.

 

L'an 1: l'abscence de tout

Ecrire pour être

L'an 1: l'abscence de tout

Mutations



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